
Poème en trois mouvements (ou en trois temps, comme un moteur)
je me sais entrer dans un tunnel
je m’y sens entrant et je m’y sais entrer
sur le point si près avec une telle certitude
que c’est comme si j’y étais déjà entré
juste avant et juste après que se rejoignent
comme pour définir le moment pile où j’entre
un moment pile avec une large tranche
qui prendrait tout l’espace entre deux marges
j’entre donc dans quelque chose qui ressemble
à la manière dont j’y entre
en tunnel en m’étalant en débordant
comme si près du bord que déjà après
comme au ras de la ligne et donc au-delà
en m’étirant d’avant en arrière
en cherchant à épouser la durée télescopique du tunnel
à la manière dont la queue rejoint
la tête du ver
en déplaçant l’espace autour de moi
ainsi j’entre en entrant dans le tunnel
en l’imitant
en faisant comme lui se rejoindre deux bouts
par du vide
avec l’exactitude d’une superposition parfaite
jusqu’à l’identique à travers jusqu’à l’inverse
j’entre jusqu’à entrer dans le tunnel
par où j’entre dans lui
exactement par où j’entre dans le tunnel
ainsi j’entre dans le tunnel jusqu’à entrer
jusqu’à entrant jusqu’à étant entré
jusqu’à sortir
sans chute
©
par Studio
d'Azy