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Les Loups










Ils sont n’importe où, ils sont n’importe qui, et même n’importe quoi.
Ils n’ont aucune étiquette sociale. Ils ne possèdent rien. Ce sont des êtres ou des situations. Ce sont toujours des occasions, qui mènent au bout, ou pas bien loin. Ils glissent sur des pentes illimitées, ils tournent court aussi. La plupart ignore ce qu’ils sont et agissent sans comprendre ce qui dirige leurs pensées. Ce sont toujours des failles.
Leurs désirs sont à leurs propres yeux des énigmes sans fondement; c’est pourquoi, bien souvent, ils trouvent leurs comportements parfaitement sans cohérence. Mais ils connaissent leur loi.
Pour pallier l’inconstance où ils se noient, ils inventent des décrets, des principes inédits qui vont parfois jusqu’à l’inflexible code de l’honneur.









Ils n’ont pas d’époque et s’estiment pourtant la progéniture, l’enfantement du monde actuel. Ils ont toujours pensé cela.
Ils sont mélancoliques, railleurs, sentimentaux, sincères et ironiques. Ils sont tout d’une pièce et d’une complexité rare. Sur un mouvement d’humeur, ils se livrent intégralement à la rigidité d’une implacable ligne de conduite. Stratégie utopique qui les oblige à supporter les plus improbables contradictions, à se mentir, consciemment.
Mais pour eux, chaque étage de la conscience est un abîme et nombre d’entre eux ont choisi de s’abandonner sans retenue, corps et âme, à une rêverie permanente. Par désespoir, ils confient leur détresse au style et ce plongeon les séduit d’une grande frayeur. Ils croient livrer bataille avec eux-mêmes.
Ils n’ont aucune force et n’ont que la puissance.
Le monde entier ne peut leur apparaître qu’à travers les kaléidoscopes d’une fantasmagorie inépuisable. Ils vivent dans un univers de possibles et cherchent longtemps à choisir, vainement, avant de comprendre qu’aucun choix n’est vraiment leur affaire.
Certains se veulent malades, ou fous. Les uns veulent changer, les autres s’installent délibérément dans toute absence d’identité. Tous se pensent irréversibles.
Ils cherchent longtemps l’évidence, les événements essentiels et l’anxiété de n’éprouver aucun vouloir indiscutable les mènent naturellement à douter de tout. Ils ignorent si la minute suivante ne les plongera pas dans l’angoisse.
Même s’ils y songent, aucun ne recourt au suicide. Ils manquent d’occasions.
Ils sont mégalomanes, incertains, timides, provocateurs. Ils ploient.
La vie leur semble tantôt un jeu, une série d’expériences sans but, une tragédie où ils tiennent mal leur rôle.
Ils ne peuvent croire qu’éperdument.
Ils s’arment de mirages pour sortir dans la rue; tour à tour, ils s’adorent et se méprisent. Ils ne connaissent aucune mesure.









Ils veulent le monde mais ils s’enferment. On les aime souvent passionnement. On les pardonne, on les condamne, on les baptise mais ils sont leurs derniers juges.
Ils s’épuisent constamment, et le savent.
Ils sont passionnés. Puis médiocres.
Ils apparaissent puis redeviennent insignifiants.
Ce ne sont que des occasions.
Ce sont des loups.











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