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La Lettre






Ma pensée a pris la forme d’une lettre que j’écrirais indéfiniment pour un inconnu.

Qui me guète, qui m’épaule et qui m’oppresse.

Dans cette lettre, j’apparais comme personnage.

Je me commente.

Bien sûr tout est moi.

J’y donne donc de mes nouvelles en permanence, si bien que je peux me consulter.

Ma pensée a pris la forme d’une lettre que j’écrirais indéfiniment pour un inconnu.

Je le répète sans en tirer d’autre gain.

Que la mise en forme encore abstraite de ma propre pensée.

Ce qui est parfaitement inutile.

Puisque l’inconnu ne lit pas la lettre.

Puisque ma lettre ignore toute inconnue.

Puisqu’elle n’ignore rien.

J’y donne donc de mes nouvelles en permanence, si bien que je peux me consulter.

Et en tirer profit comme d’une saignée.

Qui me vide un peu du surplus.

Je peux me lire.












Et la lettre me donne alors la forme de ma pensée.

Si elle va bien.

Mon moral.

Mais il faut continuer à écrire la lettre.

Même si la lire c’était déjà l’écrire.

Et la lettre se répète.

Et la lettre se répète.

Elle parle.

Vraiment elle parle.

Sans ambages ni entêtement.

Par l’habitude déjà prise de sa nouvelle résolution.

Elle parle en boucle.

Elle parle pour ne rien dire.

Puisqu’il n’y a rien à lire.




©  par Studio d'Azy