Google






La région blanche








Là où nous mène l’impossibilité de certaines choses trop longtemps recherchées nous attend sans détour la certitude que c’est bien elles que nous cherchions. Alors elles nous apparaissent dans la splendeur déceptive de leur impossibilité. Lorsqu’elles ont cessé de tourner, quand leur nébuleuse s’est éteinte, on voit toutes leurs coutures, leur bigarrement, leur intrinsèque contradiction, leur nécessaire inexistence. Ce sont des poupées de chiffon.
Dans cette région blanche où tous les mots sont morts, avec les frères, avec les sœurs, avec toute espérance de s’unir à quiconque jusque dans la fusion, dans cette région blanche où tous les mots sont morts, avec les mères, avec le père, avec les femmes et les amis, avec encore leur souvenir revivifiant, la parole n’a plus pour enfin maintenir l’illusion d’un dialogue sans qui rien n’est possible, que la mince et caduque et sombre répétition de ce qu’on a toujours su.
Lorsqu’il n’est plus possible de rien dire qui soit cru, rien qui déplace un peu l’air qui nous emprisonne, qui modifie d’un trait notre image dans le monde, lorsqu’on en a trop dit, qu’on a tout ravagé, qu’on ne peut revenir sur ses propres empreintes, la langue se débat et résiste au silence.
Sur le miroir du lac où s’étend abolie la raison du passé, sur le miroir du lac que ne défraye plus l’intention à venir, s’offre à nous immobile le repos sans retour.
C’est la sérénité des loups que nous étions.





©  par Studio d'Azy