
La région blanche
Là où nous mène
l’impossibilité de certaines choses trop longtemps
recherchées nous attend sans détour la certitude
que c’est bien elles que nous cherchions. Alors elles nous
apparaissent dans la splendeur déceptive de leur
impossibilité. Lorsqu’elles ont cessé
de tourner, quand leur nébuleuse s’est
éteinte, on voit toutes leurs coutures, leur bigarrement,
leur intrinsèque contradiction, leur nécessaire
inexistence. Ce sont des poupées de chiffon.
Dans cette région blanche où tous les mots sont
morts, avec les frères, avec les sœurs, avec toute
espérance de s’unir à quiconque jusque
dans la fusion, dans cette région blanche où tous
les mots sont morts, avec les mères, avec le
père, avec les femmes et les amis, avec encore leur souvenir
revivifiant, la parole n’a plus pour enfin maintenir
l’illusion d’un dialogue sans qui rien
n’est possible, que la mince et caduque et sombre
répétition de ce qu’on a toujours su.
Lorsqu’il n’est plus possible de rien dire qui soit
cru, rien qui déplace un peu l’air qui nous
emprisonne, qui modifie d’un trait notre image dans le monde,
lorsqu’on en a trop dit, qu’on a tout
ravagé, qu’on ne peut revenir sur ses propres
empreintes, la langue se débat et résiste au
silence.
Sur le miroir du lac où s’étend abolie
la raison du passé, sur le miroir du lac que ne
défraye plus l’intention à venir,
s’offre à nous immobile le repos sans retour.
C’est la sérénité des loups
que nous étions.
©
par Studio
d'Azy