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 Écrire





C’est ici le point du rendez-vous ultime. Un Morimont où l’on a payé pour se faire abattre. Sans histoire.
D’autres y sont venus, je les vois assis comme un tribunal, gogenards. Les plus illustres ont perdu leur sérieux. Tout finit certainement dans la franche rigolade. A croire qu’on a passé son temps à ne pas vouloir l’admettre. Jusqu’ici.
C’est le point où les mots ne veulent plus rien à la face du monde. Ils n’en veulent plus du tout. Le lieu où ils voudraient seulement n’être plus destinés. C’est le point de la phrase qui s’achève. C’est la ponctuation.
C’est donc une région assez étrange.
Où beaucoup se sont déjà risqués si l’expression ne disait pas qu’ils ont choisi.
Combien sommes-nous qui n’avons plus le choix, au moins une fois? Comment font-ils ceux qui n’ont pas les moyens? Ceux qui vivent comme des bêtes dans la forêt qui brûle? Ils sont là eux aussi. Avec leur silence abruti, ouvrant les lèvres comme s’ils avaient une pomme dans la bouche. Ou une fleur.
Bien sûr, il faudrait suggérer, c’est le lieu. Simplifier la pensée, laisser courir ce qui lui échappe, improviser des figures. Pour tout ça c’est le lieu. Voilà tout un poème.
Comment y parvient-on? Est-ce la voie des mots ou la voie de la vie?
Si Léonard nous inventa la double révolution, son escalier donne une image assez exacte de ces deux labyrinthes imbriqués.
Faudrait-il même dissocier? C’est encore une question de choix. Il faut l’avoir.
Ceux qui l’ont eu ne sont pas là.
Alors je vois des déserts. Des déserts surpeuplés, puisqu’il faut imager. Tout une assemblée qui se tient là, côte à côte, des isolés qui voudraient bien s’étreindre. Mais qui n’osent pas. Qui ne peuvent pas.
Qui auraient l’impression de se trahir.
Ils écrivent quand la chose à dire existe à peine. Ils écrivent sans vouloir, pour donner forme à l’insupportable condition de celui qui ne peut plus parler. Dont la parole ne peut plus pénétrer le monde. Quand les brèches sont fermées.
Alors ils ont payé, pour ne plus y penser.





©  par Studio d'Azy